"Il faut qu'on parle"... ARRGGR !!!
J'ai souvent entendu cette petite phrase qui n'augure jamais rien de bon. Ca a commencé avec mon premier, qui après cette phrase dite devant les grilles du lycée m'a annoncé qu'il me quittait. Cet imbécile m'a sans doute traumatisée parce que depuis dès que j'entends ces quelques mots, je panique complètement et j'attends que la terre s'effondre sous mes pieds.
"Il faut qu'on parle" est polymorphe, il peut se retrouver dans "il y a des choses dont il faut qu'on discute", "je dois être sincère avec toi", "il faut mettre les choses au clair". Bref, peu importe la façon dont c'est dit... ce qui est toujours génant et qui met toutes les sirènes d'alarme en panique c'est cette petite phrase qui annonce une discussion unilatérale (l'un parle, l'autre subit).
Et bien oui, s'il avait un truc agréable à nous dire, il ne prendrait pas la peine de nous préparer avec un ton grave, parce qu'ils prennent tous toujours cette même voix grave, à croire qu'ils se sont passés le mot. Un ton grave en regardant leurs pieds, parfois ils se pincent les lèvres pour nous faire comprendre qu'ils sont mal à l'aise...
Ils nous disent cette petite phrase, et après il y a un long silence. Arggg ! Ce qu'ils m'énervent quand ils se taisent, ils attendent quoi ? Qu'on les aident ? Qu'on disent à leur place ce qu'ils veulent ? Et bien non. Moi dans ce cas je me tais. C'est bien l'une des rares fois où je me tais d'ailleurs. Alors le silence est de plus en plus pesant, ça en devient presque ridicule.
"Il faut qu'on parle". Et là il nous annonce quelque chose qui le gène. C'est pour ça qu'il devait nous préparer. Cette phrase n'a qu'une fonction phatique, un peu comme le "Allô?" du téléphone. Elle établie le contact, mais mettant automatiquement la personne qui écoute en position délicate (ben oui c'est quand même elle qui doit entendre les trucs pas agréables). Il aurait pu faire abstraction de cette phrase, mais ça a du l'amuser de me stresser pendant 6 heures, ben oui moi j'étais en cours quand il m'a envoyé ce texto, alors jusqu'au soir j'ai envisagé toutes les possibilités de la création... même les plus farfelues ("je suis devenu homo", "je suis marié", "j'ai décidé d'entrer dans les ordres").
Généralement, à la fin de leur monologue, ils attendent une réaction. héhé... ils ont été sincères (qu'étaient ils jusque là ?) et maintenant il faut, après avoir entendu leurs confessions, qu'on réagisse et généralement ils s'attendent à une réaction bien précise. Des pleurs, des cris, un "moi aussi", une giffle... bref quelque chose. Mais généralement je suis paralysée. Ca donne donc quelque chose de ce style : "Je te remercie pour ce que tu m'as dit.... D'accord... OK". Le tout la machoire serrée, et la gorge nouée... mais je ne laisse rien paraître... c'est de sa faute, il n'avait qu'à pas me mettre dans cette position désagréable. Je n'y peux rien, je déteste ces situations où l'on parle des problèmes, de qui ça vient, de pourquoi et de quoi faire pour les résoudre... Alors j'acquiesse bêtement.
Mais j'aimerais bien savoir comment on ferait sans cette petite phrase. Parce qu'elle nous déculpabilise beaucoup. Après avoir dit cette phrase, on se sent obligés d'aller jusqu'au bout et puis ça nous donne du courage (on ne peut quand même pas dire "il faut qu'on parle" pour ne pas annoncer quelque chose de grave, sinon ça n'a plus de sens), et puis ça montre aussi qu'on a été à l'origine de la discussion. C'est donc qu'on a implicitement laissé la possibilité à l'autre d'exprimer son point de vue. Bon, tout cela reste très relatif parce que quand on entend "il faut qu'on parle, je te quitte, j'ai trouvé une nouvelle copine, elle est géniale"... ça ne laisse pas tant que ça la place à la discussion.
Et puis, un "il faut qu'on parle" montre quand même un manque de dialogue entre les deux personnes. Parce que s'ils n'avaient pas peur de ce que peut penser l'autre, s'ils se connaissaient bien, et qu'ils partaient sur la base d'une relation égalitaire, ils n'auraient pas besoin de se préparer à une discussion, ça viendrait tout seul...
Vous avez dit...