Quand je fais le bilan de mes relations amoureuses, qu'elles aies duré ou non, je remarque qu'elles ont presque
toutes été liées à un quartier de Paris... Depuis mes 15 ans, je sillonne les rues parisiennes puisque j'ai toujours habité dans la région, et depuis 3 ans, je vis au coeur même de Paris. Je suis
donc constamment amenée à passer par ses lieux attachés à des souvenirs, tristes ou heureux, et ainsi à me remémorer chacun de mes amants...
Saint-Michel : j'avais 15 ans, c'était mon premier amour, on s'était connu en internat sur la ligne C, j'habitais sur la ligne B, lui la ligne E, alors on se retrouvait le
week end sur la place de la fontaine Saint Michel. Comme on n'avait pas d'argent, on longeait les quais, main dans la main (quel cliché !). Il m'a invité dans un de ces restos grecs du quartier
latin pour notre première saint-valentin, on se prenait pour des grands, ça a duré quelques années... On a rompu dans le café face à la sortie de métro, il m'a dit qu'il voulait
faire sa vie avec moi, et je lui ai répondu que je ne l'aimais plus.
Chatelet les halles : J'avais 18 ans, je séchais les cours pour le retrouver sur Paris, parce que l'on habitait loin l'un de l'autre, on s'était connu au stage théorique du BAFA.
On se baladait autour du forum, on s'embrassait passionnément en plein milieu de la rue, au point de faire marrer les flics qui passaient, on faisait les fous dans la rue, on allait au ciné pour
se pelotter discrètement car on dormait rarement l'un chez l'autre. Il m'a annoncé par téléphone qu'il voulait "faire un break" au bout de quelques mois, on s'est revu une dernière fois à
Chatelet, on s'est embrassé fougueusement pour la dernière sur un banc du quai du RER A, et je pleurais en même temps... On ne s'est jamais revu et je n'ai jamais compris la nature des
sentiments que j'avais pour lui...
Montparnasse : J'avais 19 ans, je l'avais rencontré par Internet. Il était acteur, gentil, mais assez terre à terre. Notre relation sans sentiment était faite de discussions sur
mes études auxquelles il s'interessait, et de ses rôles... Il m'a fait découvrir le restaurant japonnais, et quelques nouvelles pratiques sexuelles... Il habitait un appart à Montparnasse, je le
rejoignait chez lui en rentrant d'un boulot saisonnier de secrétaire. Ca a duré un mois, le temps pour lui de gagner le surnom de "Monsieur Septembre" et d'inaugurer ma liste de fuckfriend.
Je crois que malgré notre différence d'âge il s'était un peu attaché, moi pas du tout, et je ne l'ai jamais rappelé.
Gare du Nord : J'avais 20 ans, et j'ai connu la plus belle histoire de ma vie, pendant un an, où la passion, l'épanouissement sexuel et la complicité flirtaient
dangereusement avec l'exclusivité et la destruction... C'était un artiste, un beau sportif, promis à une carrière internationale, on s'était connu dans une colo et d'une relation purement
physique on en est arrivé à imaginer faire notre vie ensemble. Il habitait sur la ligne E et moi au coeur de Paris, parfois je l'accompagnait pour prendre son train et retourner dans sa famille
en Picardie. On avait l'habitude de faire durer nos nos week end intense en fréquentant une des brasserie de la Gare, celle qui surplombe les trains eurostar...
Quand j'ai compris que nos vies
allaient finir pas se séparer, j'ai préféré le trahir, pour moins souffrir de la perte... Je ne lui ai pas donné de nouvelles apres l'avoir trompé pendant quelques semaines en été. Quand on s'est
retrouvé peu de temps après, on s'est tout raconté, on a fusionné pour une nuit seulement, comprenant que malgré notre amour, nos rêves respectifs nous éloignaient l'un de l'autre. C'est l'homme
pour lequel j'ai eu le plus d'admiration dans ma vie. C'est aussi le plus bel homme que j'ai connu. De temps en temps on se donne des nouvelles... Il habite Bruxelles desormais, avec encore la
Gare du Nord comme escale occasionnelle...
Rue Mouffetard : Encore un homme connu en colo !
Celui par qui la trahison arrive... Un homme, un vrai, bien plus agé que moi, sans doute le seul qui soit resté presque indifférend à mes charmes... J'étais fasciné par sa distance,
son air blasé, je lui ai consacré les six premiers mois de ce blog, uniquement parce que je me suis sentie rejetée par lui, donc insatisfaite ... Quelques mois après un premier recul de sa part,
on s'est revu, dans un bar qu'il avait choisit, rue Mouffetard, on y a passé quelques heures à discuter, pendant lesquelles je ne pensais qu'à l'impressionner, à lui prouver que j'étais
suffisament mature pour lui...
On a passé la nuit ensemble, après que je lui en ai fait
la demande pas du tout subtilement, il a accepté l'invitation avec si peu de reconnaissance que j'ai longtemps pensé qu'il n'en avait pas vraiment envie... Mais moi j'avais toujours autant envie
de lui plaire, je lui ai écrit plusieurs fois mais il ne voyait aucun interet à tenter une relation avec une fille aussi différente de lui...
Chaque fois que j'ai été amenée à le revoir, j'ai regretté
l'attitude que j'avais adopté à son égard, j'aurais aimé me montrer plus naturelle, plus modeste, plus humaine... On ne s'est pas vu depuis un an, pourtant je passe presque quotidiennement
devant la rue Mouffetard, je l'emprunte de temps en temps, pour rejoindre la place de la Contrescarpe, où on s'était retrouvé, et je repense à lui, à ce naturel qui me plaisait tant et que je
n'ai jamais retrouvé chez personne... Dans quelques mois, il quitte enfin Paris qu'il execre, ( notre principal point de désaccord) pour l'Amérique Latine...
Bibliothèque François Mitterand : Le dernier homme en date, celui qui m'a le plus décue, celui qui a le moins mérité ma passion pour lui, qui me parrait de jour en jour incarner
la médiocrité et l'insignifiance... Je l'avoue je manque de recul. Mais je n'y peut rien, je bosse tous les soirs à la BNF, et quand je repense à cette rupture qui m'a rendue malade il y a
quelques mois, je ressens juste un grand vide, car toute cette histoire n'a été qu'une mascarade, et je suis bien heureuse d'en être sortie.
C'est sur un banc de la
station du M14 qu'il m'a embrassé pour la première fois et confié ses sentiments. C'est sur ce même banc qu'il m'a empeché de le quitter quelques mois plus tard en me promettant de quitter ma
rivale. C'est au starbuck de la BNF qu'on a conclut peu de temps après qu'il n'en était pas capable et qu'il avait tout gaché...
Heureusement me direz vous que
je n'ai pas continué à perdre mon temps avec un pauvre type qui choisit le lieu le plus déshumanisé de Paris pour me déclarer sa flamme puis bassement cracher dessus quelques mois plus tard...
Dommage que sur la ligne 14 on ne puisse pousser personne sur les rails...
Voilà j'en ai oublié beaucoup, ceux qui n'ont pas vraiment compté, ceux à qui je ne pense qu'épisodiquement, davantage avec ironie, ou avec regret, qu'avec nostalgie... Je n'ai évoqué ici que
ceux qui, à mes yeux, ont donné leur âme à un quartier de Paris... Ceux à qui je pense souvent, tout simplement parce que leurs rencontres ont influé sur ma façon de voir le
monde, parce qu'elles ont participé à ma vision des hommes, de la sexualité et de l'amour....
Je dois vous avouer que je viens soudainement de prendre consicence de quelque
chose :
J'aime davantage aimer que je n'aime les objets successifs et variables de mon amour...
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