Hier, il m'est arrivé quelque chose d'incongru. Alors, puisque ma voix de fille blasée s'est tue depuis quelques temps
sur ce blog, je m'en vais vous la raconter...
Hier, j'ai reçu le coup de fil d'un homme qui a beaucoup compté pour moi. C'est celui à qui sont dediés tout les articles des premiers mois de ce blog. Ils sont souvent accusateurs,
mélancoliques, parfois désespérés, parce que j'étais blessée de me sentir rejetée par lui, je ne comprenais pas ses raisons.
Près de deux ans apres la relation particuliere qu'on a fugacement partagé, la boucle est bouclée. Monsieur T., professeur de son état, quitte la capitale pour vivre de nouvelles aventures en
Guyane Française. Et la veille de son départ, il a pensé à moi, il s'est dit que l'on pourrait se voir une dernière fois, pour se dire aurevoir. Et il a tres bien fait.
Ce fut l'occasion, pendant quelques heures, écumant les bars parisiens, de nous raconter l'évolution de nos vies, nos projets, nos expériences... Et je crois que c'est finalement les meilleurs
moments que j'ai passé avec lui. Apres un an sans se voir, nous avons changé, évidemment.
Il n'y a plus aucune provocation dans nos dialogues, par de critique acerbe, pas d'ambiguité sur le désir que l'autre pourrait éprouver. Je crois qu'il ne me considère plus comme une gamine
prétentieuse, mais comme une femme en devenir, consciente de ses limites.
Et moi je n'ai plus rien à lui reprocher. Sa maladresse venait des mon attitude calculée et provocatrice. Je voulais lui prouver que j'avais tout pour lui plaire, je m'y suis particulièrement mal
pris. J'ai l'excuse de la jeunesse...
Beaucoup de choses ont changé depuis. Il est le premier homme à m'avoir resisté. Après lui, je me suis lancée dans une vie sentimentale chaotique, j'ai enchainé les relations dénuées de
sentiments, j'ai appris à detester les faiblesses lubriques des hommes... J'ai tout simplement emprunté la mauvaise voie.
J'ai oublié quelles étaient mes priorités, je suis devenue individualiste, superficielle, je consommais les gens qui pouvaient m'être utiles, je m'efforcais de ne rien ressentir, d'avoir l'air
forte et indépendante. Heureusement, ces derniers mois m'ont appris qu'il vaut mieux profiter de la vie et ouvrir son coeur au autres....
Alors hier, Monsieur T. et moi, on s'est parlé en toute simplicité, et je crois que je n'ai jamais été aussi naturelle avec un homme. Je n'ai plus
rien à prouver, je suis une fille bien dans ma peau maintenant, j'ai la vie devant moi, alors j'en profite avant qu'elle ne m'échappe.
Je n'ai pas pris la peine de lui expliquer combien j'avais été touchée par les rapports complexes qu'on a entretenu, parce qu'il n'est pas responsable de la peine que j'ai eue. Il a toujours été
honnete avec moi, et il avait raison de trouver que notre différence d'âge nous séparait, nos caractères aussi.
Si seulement il savait combien j'ai pleuré en pensant à lui...
Si seulement il savait qu'ils sont nombreux ceux qui ont essayé, en vain, de me le faire oublier.
Si seulement il savait que depuis que j'ai fait sa connaissance, j'esperais souvent le croiser dans le quartier où il habite, celui où il enseigne, ceux où il sort...
Si seulement il savait qu'hier, quand on s'est quitté vers 2h du mat, j'étais ravie de cette soirée, mais quand même un peu triste de savoir qu'on ne se reverrait plus, qu'il n'y aura plus
d'occasion de se croiser sur Paris...
Apres tout, c'est n'est pas si important qu'il le sache.
Ce qui est important, c'est que je lui souhaite tout le bonheur qu'il mérite, que j'admire un peu son sens de l'aventure, son calme, son naturel.
Ce qui est important, c'est que je n'ai plus de regrets au sujet de cette relation, et que je ne lui en veux plus du tout.
Finalement, ces quelques heures passées avec lui m'ont fait un bien fou.
En lui racontant ma vie, j'ai pris conscience que j'ai une chance inouie : celle de faire ce que j'aime, dans mes études, dans mon boulot, de rencontrer des personnes passionantes, d'avoir un
tempéramment combattif et optimiste qui fait que je ne baisserai jamais les bras, même apres toutes les épreuves que j'ai traversé.
J'ai tellement accumulé les emmerdes depuis deux ans, que le bonheur est en marche, c'est certain.
La boucle est bouclée, donc. Je l'informerais sans doute le jour où je deviendrais enfin prof. Il me donnera peut-être de ses nouvelles, me racontera brièvement sa vie outre-mer. Et qui sait un
jour, dans quelques années, nos chemins seront peut-être amenés à se croiser à nouveau...
Après tout, il n'y a que les montagnes qui ne se croisent pas !
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