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Lundi 10 mars 2008
communauté : De la Vie

Lundi dernier, vers 8h du matin, mon père est mort. 


Je l'ai appris par téléphone, par ma mère, vers 10h. Puis j'ai passé l'après-midi au Louvre, que j'avais si souvent arpenté avec lui. 

Je n'ai presque pas pleuré, c'est juste venu le soir, quand j'ai réalisé qu'il ne serait jamais grand-père, qu'il ne me verrait pas devenir prof et écrivain, que je n'aurais pas eu le temps de me réconcilier avec lui, que je n'appelerais plus jamais quelqu'un papa...


Alors je me raccroche à quelques photos, aux objets que je veux garder de lui, aux souvenir de ses blagues scabreuses et des rares moments passés avec lui ses dernières années, et je me rends compte que j'ai deja presque oublié le son de sa voix.

Je me rend compte que j'ai passé ma vie à parler culture et politique avec mon père, mais que l'on a jamais parlé de qui on était vraiment, de ce qu'on ressentait, de ce qui expliquait notre relation si fusionnelle et conflictuelle. Et maintenant il n'est plus là pour en parler. 

Voilà, ça, c'est ce que je ressens. 

Après le plus dur, c'est d'assumer le regard des autres, de supporter leurs paroles vaines, et de ne pas trop montrer que leur présence si pressante nous insupporte. 

Il y a les soeurs qui pleurent sans cesse et ressentent le besoin de nous serrer dans leurs bras. On leur pardonne, elles ont le droit d'être tristes. 

Il y a la veuve qui a perdu le nord et qui se sent exclu d'une famille dont elle ne fait pas partie. 

Il y a les proches qui ont compris que c'était plus sympa de déconner un peu, et de se rappeler à quel point le défunt était imparfait. 

Il y a les potes qui ne trouvent rien de plus à dire que "je suis là pour toi", et c'est tres bien comme ça, c'est juste ce dont on a besoin. 



Et puis il y a les boulets : 

l'oncle de la demi-soeur qui vient te dire que tu ne gerriras jamais mais que tu t'y feras avec le temps 

le fuckfriend qui n'est pas au courant et qui te demande "quand-est-ce qu'on baise ? ", 

le pote qui te demande deux jours apres par texto si tu vas mieux ( ben non, mon père n'est pas ressucité),

la cruche qui te demande "c'est pas trop dur ?" (non, non, meme pas mal).

Il y a le con qui te dit qu'au moins mon père n'a pas souffert, qu'il ne s'est pas senti partir, alors que moi j'aurais préféré qu'il morfle 5 minutes de plus, le temps de lui dire au revoir, de lui dire pardon aussi, peut être même que j'aurais voulu qu'il ait 5 ans de rabe, pour éponger ses dettes et pas nous laisser dans la merde, pour qu'il me voit devenir adulte aussi...


J'ai envie de dire merde à tous ceux qui me répètent "il faut que tu te laches, que tu fasses le deuil", juste parce que j'ai pas envie de m'effondrer en pleurs dans leur bras, que j'ai pas voulu voir le corps de mon père dans son cercueil, que ça me fait chier quand on me dit "c'est ce que ton père aurait voulu", que j'en ai rien à foutre de la couleur de la pierre tombale, que j'arrive pas à croire qu'il veille sur moi posé sur son petit nuage, tout ce que je sais c'est qu'il n'est plus là. 


Mais d'autres sont encore là, même s'il ne peuvent pas le remplacer, il y a sa famille à lui, de qui je devrais sans doute ma rapprocher, il y a mes soeurs dont je devrait accepter l'affection, et puis il y a ma mère. Celle à qui il a fait tant de crasses, celle de qui il était séparé depuis plus de 15 ans et qui pourtant verse beaucoup de larmes...
 

Ma mère, elle a interet à durer jusqu'à 90 ans au moins, histoire de compenser...

par Pandora publié dans : Spleen
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